Présentation
Lorsque je regarde Lise dont je ne sais pas encore le nom, assise à l’occasion d’un événement dont je ne me souviens rien à la Maison nationale des artistes de Nogent sur Marne que j’ai choisie pour une nouvelle enquête/ sujet/ série je ne peux plus la lâcher du regard. Je la vois de profil, elle porte un chapeau qui a été élégant mais qui a terminé sa vie depuis longtemps déjà. Les bords « émappent » et je me souviens alors de ce vocabulaire de couturière ma grand- mère qui n’a pas d’équivalent pour dire que l’étoffe se délite, les fibres s’écartent, qu’ il est devenu impossible de faire « un rapproche toi donc » De ces souvenirs monte en moi une sorte de tendresse Puis je vois la fleur joliment callée près du visage, et ces mains, ces bagues, ce verre de vin qu’elles espèrent et je veux soudain connaître cette femme, m’intéresser à elle. Je reste, j’attends, et me décide. C’est immédiat. Une amitié nait sur l’instant. Plus tard j’abandonnerai mon enquête/ sujet/ série à Nogent pour suivre Lise installée aux Artistes des Batignolles un autre EHPAD « pour être plus près des cinémas des théâtres » me dira t’elle
A notre premier rendez- vous dans sa chambre où elle veut « tout » me montrer et me raconter elle m’avait dit « Ma fille m’a installée là, pour mourir en beauté » dans cette maison de retraite pour personnes dépendantes, j’aimerais plutôt terminer ma vie, et qu’elle appelle « l’Hôtel international des Stars ».
Je vais peu à peu découvrir ses amours, son œuvre, mais je préfère citer Irène Corradin à propos du livre qu’elle vient d’écrire à cette époque.
Par Irène Corradin.
Depuis mars dernier, Les jonquilles du Cap Misène de Lise Deramond-Follin fleurissent aux éditions Az’art.
Sur l’autrice
Lise Déramond-Follin aura 80 ans cette année. Toute sa vie, elle a été toute une téléaste prolifique. Elle est d’ailleurs répertoriée dans l’un des premiers ouvrages français consacrés à ce type particulier de créateur, qui réalisent des films pour la télévision. Des films éphémères qui surgissent un jour à l’antenne pour être aussitôt noyés dans un flot ininterrompu. Aussitôt vus, aussitôt disparus, vite oubliés. La critique de télévision s’exerçant le plus souvent « ex ante », elle annonce une émission, en développe le thème, mais l’examine plus rarement comme une œuvre. Or, les téléastes sont des réalisateurs à part entière. Il n’existe aucune hiérarchie de créativité ni de talent entre un cinéaste ou un, une téléaste.
Lise Déramond-Follin a collaboré à des émissions qui ont fait date dans l’histoire de la télévision : en 1967 avec Dim, Dam, Dom ; en 1970 avec une série de 26 émissions de 3 minutes pour Le courrier des Shadoks ; en 1973 avec Sainte Antenne, Priez pour Nous sur Ménie Grégoire ; entre 1984 et 1987 avec Contre-Enquête.
Un de ses téléfilms le plus poignant est Le devoir de Réponse, cri de révolte implacable contre la thèse révisionniste niant l’existence des chambres à gaz (1986). Autre film remarqué : Neiges Noires (1986) qui reconstitue la mort accidentelle d’un couple de vieillards, Claudie, 84 ans, et Fernand, 81 ans, dans la courette de leur petite maison ouvrière près de Lens.
Le travail de Lise Déramond-Follin se distingue par un style caustique et personnel dans la réalisation de croquis en forme de pochades toniques sur la vie contemporaine. D’une grande sensibilité, elle aborde des thèmes graves ou dénonce avec passion les injustices de la société.
Elle allie réalisme, surréalisme et imaginaire (commentaire emprunté à Christian Bosseno, l’auteur de l’Annuaire des 200 Téléastes paru en 1989). Et deux termes forts caractérisent son travail : humour et révolte.
Sur l’ouvrage
Les Jonquilles du Cap Misène, récit de son séjour dans ce lieu, mêle la fiction à la réalité, l’ombre à la lumière, avec une alternance entre passé et présent.
Pour trouver ses amarres de sa nouvelle vie à l’Hôtel international des stars, Lou se rappelle ses racines, son enfance, ses amours. Elle y puise son inspiration… Lise Deramond-Follin se souvient, sa mémoire est intacte. Lou se rebelle. Lou rêve. Lou aime à l’infini, et elle ressuscite ses passions amoureuses. C’est comme une force, une pulsion de vie inépuisable qui traverse le écrit, le transcende.
Mais au milieu de ses nouveaux compagnons de vieillesse, Lou est aussi propulsée en absurdie. Lise Déramond-Follin campe alors des personnages inouïs, drolatiques, tendres, ubuesques… Une mise en scène théâtrale se déploie avec maestria sous nos yeux Comique de situation garanti !
Il faut bien se sauver de la mort, du délabrement qui guette, conjurer le vide, le RIEN qui signerait la fin… Lou voudrait tant ne plus avoir peur. Pour cela, elle convoque les artistes, les auteurs, ses compagnons de toujours.
Dans un langage métaphorique unique et foisonnant de trouvailles, Lise Déramond-Follin capte l’air du temps, l’actualité politiquement incorrecte. Elle nous livre un florilège très éclectique de citations, de paroles et de pensées belles et profondes. Autant de boussoles qui l’aident à s’orienter…
Récit fantasque, chaotique, lucide,
parfois tendre, parfois méchant,
plein d’un humour perdu ou et d’un amour éperdu,
Les Jonquilles du Cap Misène est un texte qui porte en lui
des brassées de printemps et de bonheurs enfuis,
des pétales égarées de rêve et de désir,
l’idée de vivre,
de séduire, d’être toujours belle
alors que rôdent la peur de vieillir, la peur de la mort
et cette obligation – choisie – d’affronter la terrifiante terre d’exil d’une Maison d’accueil pour artistes retraités et en fin de vie.
Les jonquilles du cap miséne témoigne de l’impossible mort de l’esprit.
