Présentation, Raphaëlle Cadet
Pour l’artiste, la réalité est un langage qu’il faut déchiffrer. Cartes géographiques, signes météorologiques, herbiers ou encore racines enfouies : son travail puise dans ces systèmes de représentation pour en explorer les mystères. Elle compose ainsi une œuvre où le dessin rencontre la photographie, le scientifique côtoie le poétique, et où ce qui est habituellement caché – comme les Racines des légumes (2000), série réalisée à la ferme des Bioux – se voit soudainement révéler des récits insoupçonnés.
Le parcours de l’exposition se déploie comme un dialogue. Dialogue entre les séries de Jacqueline Salmon, d'abord. Vous découvrirez les nuages de John Constable ou d’Alexander Cozens et des diptyques inédits avec les œuvres de la collection de la Fondation Renaud : Tony Garnier, Adrien Bas, Jacques Laplace, Philippe Pourchet. Dans la salle suivante, ses Écritures du temps au fusain ou ses Cartes des vents à l'encre de Chine transforment les données météorologiques en une gestuelle pure, traçant la mémoire éphémère des éléments.
Dialogue avec l’histoire de l’art et la collection, ensuite. Ses herbiers poétiques, intitulés Èves (herbier), superposent des plantes cueillies sur les chemins de Charnay à des photographies de corps de femmes nues prises dans les collections de peinture des grands musées d’Europe, ils se présentent en connivence avec les nus de Pierre Combet-Descombes, Henri Vieilly, Eugène Riboulet et Émile Didier. Puis, dans une veine plus mélancolique, ses Vanités contemporaines mêlent des portraits de la Renaissance à la fragilité d’œillets fanés, cultivés par Gil Salles, horticulteur à Hyères.
L’exposition dévoile également l’intimité du geste créatif à travers un jardin vivant de boutures, cultivées par l’artiste depuis plus de vingt ans. Ces plantes prennent racine sur des « fantômes de livres » d’auteurs qui lui sont chers, Jean-Christophe Bailly, Georges Didi-Huberman, jean louis schefer, jacques derrida et jean-luc parant
En écho à l'ensemble de l'œuvre présentée, la projection du film Jacqueline Salmon ou l'art d'avancer masquée (2015) de Teri Wehn Damisch, visible dans une casemate, offre un dernier regard, sur celle qui, tout au long de ce parcours, nous invite à percevoir la profondeur cachée des choses. Ce portrait complice et éclairant révèle enfin la femme derrière l'objectif.
