
ZONE DECHETS NUCLEAIRES
Communiqué de presse - Galerie
Michelle Chomette
Quelles images donner
aux polémiques
contemporaines sociales et politiques? Jacqueline Salmon répond à cette
interrogation depuis 1991 en proposant une alternative, autant éthique
qu’esthétique,
aux volontés illustratives et documentaires habituelles. Elle privilégie
des lieux où se manifestent et se concentrent les spéculations actuelles,
des foyers de déficiences, de désordres ou de risques; en choisissant
de traiter son sujet par la seule représentation des sites, en refusant
la narration d’histoires individuelles et l’anecdote, elle préfère
se pencher sur le cadre de faits représentatifs d’un système. Ce
faisant, elle adopte une nouvelle posture visuelle et politique
: parler de la société en saisissant l’humain à travers le lieu,
et inciter le spectateur à mener sa propre analyse par l’observation
et la réflexion.
La galerie présente le dernier travail de Jacqueline Salmon : les zones de traitement
et de stockage des déchets nucléaires par la COGEMA et par l’ANDRA. Après avoir
attendu très longtemps l’autorisation de photographier les lieux, elle a axé son
travail sur la logistique du transport, le traitement des combustibles nucléaires
usés sur le site de La Hague et le stockage des déchets FMA dans l’Aube. Située à 25
km de Cherbourg, l’usine de La Hague traite les combustibles usés en provenance
de réacteurs nucléaires appartenant à des compagnies d'électricité françaises,
européennes et asiatiques. Ce traitement consiste à séparer les matières recyclables
(uranium et plutonium) des déchets non réutilisables (appelés "déchets ultimes")
qui seront vitrifiés. Jacqueline Salmon en a suivi les différentes étapes : transport,
déchargement, entreposage, cisaillage, vitrification, ses images nous plongent,
loin des a priori visuels liés au nucléaire, dans un univers étonnant et atteignent à la
théâtralité de la fiction tout en restant au plus près du réel.
En prenant le parti de photographier uniquement le lieu de manière neutre et
distanciée, Jacqueline Salmon ne délivre ni dénonciation ni apologie, elle propose
la vision objective d’une réalité polémique. Cette démarche, initiée lors de
ses travaux antérieurs dès Hôtel-Dieu (1991-92), Clairvaux (1993-96), In Deo
(1994), l’Arsenal (1999), Chambres Précaires (1997-1998) et enfin Le Hangar,
Sangatte (2001), s’appuie sur le langage vernaculaire du lieu : on ne voit ici
ni humains ni déchets nucléaires. Des conteneurs affrétés par train arrivent
au Terminal de Valognes. Leur extérieur relève d’un emballage type (tout comme
les tentes "onusiennes" abritant les sans papiers de Sangatte), et ne laisse
pas présager de leur contenu. Les différentes étapes du traitement de ces déchets
se font sous atmosphère stérile dans des lieux sous haute surveillance : seule
une petite vitre rectangulaire permet de voir les installations techniques actionnées
par des robots depuis la salle des conduites. Jacqueline Salmon a donc pu découvrir
les ateliers de déchargement et de vitrification au travers de ces hublots qui
l’ont contrainte à adapter ses prises de vues: sur certaines photographies des
marges noires enserrent l’image et nous placent dans la position même de l’artiste.
Apparaissent également des rectangles de lumière, reflets des néons sur la vitre,
qui viennent matérialiser la séparation des deux espaces : humain et technologique.
L’univers qui nous est entrouvert offre une certaine complaisance esthétique à la
photographie. La piscine d’entreposage se découpe graphiquement en une multitude
ordonnancée de petits bacs dont l’agréable couleur bleu translucide masque la
gravité de nature. Des différentes salles où sont traités spécifiquement les
déchets on n’appréhende que des machines somptueuses irradiées par un bain luminescent
de couleurs or, vert et bleu, et le mystère demeure entier.
De cette énergie la mémoire collective, en ne retenant que le pire : la bombe
et la catastrophe de Tchernobyl, associe l’ensemble des aspects à des images
sinistres liées au danger, aux traumatismes et à la disparition. Avec un grand
souci de la Res Publica, Jacqueline Salmon s’est aventurée dans les territoires
ultra spécialisés du nucléaire civil, pour donner à voir avec simplicité et ouverture
d’esprit, sans discours, des lieux clos sur le secret de leur fonction et sur
leurs responsabilités de sauvegarde technologique. Ce regard direct, dépourvu
d’affect comme de préjugé, démontre comment une artiste peut faciliter l’accès à un état
de conscience des réalités prospectives contemporaines.
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