Jacqueline Salmon

Œillets

Ces plantes de notre vie quotidienne sont le fruit de nombreuses générations d'horticulteurs qui durant des siècles ont été attentifs à leur sélection. Les regarder comme des entités, en photographier la partie cachée et vitale est un sujet qui me mobilise. Car outre leur beauté, les photographies seront aussi une métaphore de notre connaissance très parcellaire des choses les plus simples.  

J'ai choisi de photographier les œillets parce que c'est une fleur populaire qui a un fort potentiel documentaire, social et politique. Démodée, on n'en voit plus à la vitrine des fleuriste parisiens. C'est une culture qui a longtemps fait vivre une importante population du sud-est de la France.  Il y avait encore à Cagne sur mer, il y a peu d'années, Ferante Lanari qui avait créé l'œillet "Garibaldi". La culture de l'œillet est en voie de disparition en France, mais, j'ai rencontré à Hyères Gil Salles, le dernier d'une lignée d'horticulteurs de la région Nice-côte-d'Azur qui depuis trois générations cultivent les œillets et qui a fait le choix de résister en tournant le dos au marché et en ne cherchant pas la compétition avec les énormes quantités d'œillets venus du Kenya et d'Amérique du sud qui se vendent chaque jour aux enchères avant d'être distribués dans toute l'Europe. En ayant une sélection renouvelée tous les ans, il a développé sa propre clientèle : la couleur "Nude" fait sa réputation auprès des grands couturiers.

 Les œillets sont des plantes qui se composent de plusieurs tiges en bouquet sur une seule racine. Certaines fleurs sont en bouton alors que d'autres sont épanouies et d'autres déjà fanées. Les variétés de couleurs et de formes sont multiples. Il y en a des jaunes, il y en a des verts, des pourpres. La floraison commence fin septembre et dure jusqu'au printemps suivant.

Symbole de fidélité et d'engagement, les ouvriers portaient en France des œillets rouges à la boutonnière pour défiler le premier mai. C'est encore l'œillet rouge que l'on offre le jour de la fête du travail en Allemagne, et au Portugal, il a permis aux révolutionnaires de se reconnaître. Lorsqu'il est blanc, c'est la fleur des couronnes mortuaires en Amérique du Sud et en Italie.

Jacqueline Salmon