Donateurs

projet de 1% à la construction , Ministère de la justice, Paris 1998

Françoise Jourda, l‘architecte conceptrice du nouveau palais de justice de Melun, m’a demandé de réfléchir sur la manière d’introduire de l’humain dans son bâtiment.
Je propose une installation panoramique de plus de cinquante portraits entourant la salle des pas perdus, avec l’idée de renouer avec la tradition des tableaux de la Renaissance sur lesquels les donateurs et leur famille sont représentés de part et d’autre du sujet principal. À l’époque les donateurs étaient des notables. Aujourd’hui, c’est la société dans son entier, qui, dans un pays ou chacun peut voter et paye ses impôts, ne serait-ce qu’en consommant n’importe quoi, se trouve être donatrice d’un bâtiment financé par l’argent public.
Le palais de justice est par essence le lieu où tous les hommes sont égaux. C’est un lieu qui ne concerne pas uniquement « les autres ». Il « nous » concerne. « Nous » c’est-à-dire ceux qui participent avec générosité au projet « Liberté, Égalité, Fraternité ». Hommes et femmes de tous les âges, avec leurs professions variées, leurs styles, leurs origines diverses, et leurs particularités culturelles. « Nous », c’est l’image digne d’une société qui se regarde telle qu’elle est.
Toute personne franchissant le seuil du palais de justice reconnaîtra les siens dans la cinquantaine de portraits qui habitent avec bienveillance la « fresque » photographique. Ils sont incrustés dans des fonds qui racontent l’histoire de la construction du bâtiment. Des photographies des bois de Melun au fil de l’avancement des travaux montrent le passage des saisons. On sait ainsi que le chantier a commencé un automne, et qu’il a été livré le deuxième hiver. L’ensemble installé au nu du mur de stucco gris voulu par l’architecte se réfère pour les attitudes, la direction des regards et les couleurs aux fresques de Piero della Francesca. L’architecte, le maître d’œuvre, le chef de chantier, moi-même et ma famille sont représentés sans être nommés.

J.S.