L’ARSENAL

A Toulon l’Arsenal borde la route que l’on prend pour se rendre à Hyères.
C’est un long mur, puis une entrée interdite.
Derrière ce mur, de lourdes histoire sociales
Derrière ce mur aussi – je le savais- le porte avion Clémençeau comme un souvenir d’enfance .
Mon grand père collectionnait les timbres. Il prenait « Le Clémenceau » délicatement avec une pince en prononçant cérémonieusement son nom, le regardait une fois de plus, puis il le glissait sous le film de papier transparent.
Lorsque Sophie Biass alors directrice de l’Hôtel des Arts à Toulon m’a proposé une commande , j’ai tout de suite désiré entrer dans l’ arsenal. L’occasion était inespérée.
C’était une petite ville, avec ses rues et ses bâtiments hétéroclites. Pas très intéressante. Interdit de photographier les bateaux de guerre , interdit de photographier les radars et autres installations techniques. Presque loin de la mer que l’on ne voyait pas, accessibles, mais encadrée, les bassins de carainages étaient de vastes espaces énigmatiques dont un côté fait d’une gigantesque paroi de métal inclinée vers l’avant retenaient la mer. Plus loin y avait aussi des champs d’objets massifs : chaînes bouées, balises classés par genres , installations inconscientes, tout un vocabulaire de formes et de matières dédiés à la sculpture. Accompagnée et surveillée j’ai commencé à photographier . Ce n’est que plus tard lorsque le Foch rentra du Kosovo avec tout l’équipage debout sur le bastingage que je découvrait l’ improbable sol de damier qui était celui de l’accostage des portes avions.

IL m’a paru alors évident que l’ensemble de mon travail serait d’une part une manière d’allégeance à l’œuvre de Richard Serra et, par-dessus le temps, un écho aux préoccupations des peintres d’architectures et de paysages qui après le quattrocento situaient leur sujet au delà d’un premier plan en damier, pour mettre en valeur leur maîtrise de la perspective.

Jacqueline Salmon, 1999.

 

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